martes, 12 de julio de 2016

FRAGILES ROUQUINS (traducción de Marie-Josèphe Pastre)

En contemplant ces jouvencelles solitaires qui visitent les musées et s'arrêtent tranquillement devant le tableau, le moins visible Chipantasig, obscur patrouilleur des galeries, rêvait d'aspirer l'émanation de leurs corps.
Ce jour-là il a posé les yeux sur une subtile jeune fille aux cheveux cramoisis, insolites mais naturels. La délicate minceur de ses jambes, fines mais bien galbées, et la distinction de sa peau, blanche comme neige, lisse et modelée, attirèrent son attention. Ses yeux avaient l'étrange nuance des figurines émaillées sans cils, et ses mains étaient de porcelaine. Elle marchait doucement, à pas lents sans hésiter dans sa trajectoire, et cela la rendait spécialement attirante. Pour le reste, c'était une tenue anodine, un sac en bandoulière et des sandales, jamais elle n'aurait eu une telle stature hors d'un musée. Mais à l’intérieur, cette très jeune femme était tout ce que Chipantasig désirait ardemment. Rapidement elle s'est arrêtée devant un tableau.
Vue de loin, cette très jeune  fille semblait faire partie du tableau ; à mi-distance, son espace la retirait de l'ensemble ; de prés on pouvait entendre sa respiration d'abord posée ensuite inquiète. Le cours instant qu’avait duré le gué de Chipantasig lui avait suffi pour s'imprégner de toute la quintessence de ses proies, toujours  de fragiles jeunes filles qui venaient et finissaient par fuir déconcertées par la présence d'un inconnu peu recommandable derrière leur dos Mais ce dimanche là la jeune fille ne paraissait pas troublée, peut-être qu'elle ne savait pas encore assez comment s'éloigner de ce type étrange qui la suivait. La nouveauté déconcertait Chipantasig, mais il est resté serein et ,peu à peu ,il a laissé sa position à l'arrière et se plaça à la droite de la fille en la regardant de haut, en glissant son regard entre la chemise et la peau , en devinant ou en croyant voir un peu plus qu'une carnation rosée.. Elle ne paraissait pas gênée, peut-être parce que c'est à peine si elle remarquait l'attitude obscène du voyeur ; lui en revanche sentait un énorme désagrément à être traitée de façon supérieure par l'adversaire.
Comme dans son imagination, Chipantasig s'était approché suffisamment de la rousse pour humer le parfum de son corps, et il s’aperçut que la senteur du  gel douche s'était évaporée  après des heures de longue marche dans la ville, bien qu'il lui ait semblé que l'odeur de transpiration de cette jeune fille était très enivrante, de même que ses frisettes touffues ; Après n'avoir eu aucune réponse ses halètements devinrent plus sonores, et les siens commencèrent à s'entendre, d'abord légèrement puis avec netteté .
Tout était décidé pour panteler, et tout à coup la jeune fille tira de son sac un objet quelque chose en plastique tranchant. La respiration des deux pouvait s'entendre dans toute la salle.
—Ah ! Crièrent-ils tous les deux en même temps.
La jeune après le cri d'alarme des gardiens sortit en courant après avoir déchiré le tableau de deux entailles profondes en forme de X. Et Chipantasig resta là sonné avec le pantalon trempé, comme dans ses rêves.